Interview : Petit point avec Eric Girard

Chers supporters, après Radio Falaise, place à la voix de son Maître… Qui s’interroge, s’interroge…

Une semaine après le baisser de rideau, on a fait le point avec coach Eric. Sur les frasques d’Hilliard et d’Akoon-Purcell, la nécessité de repartir d’une copie quasi blanche, les changements liés aux modifications de Jeep Elite. Mais, plus surprenant sur les questions que se pose le fidèle mentor du basket français sur son avenir. Coach ? Manager ? Rien n’est tranché mais une vraie réflexion, partagée avec le président Yann Rivoal, existe.

Eric, dans un an, la LNB change la donne avec un deuxième assistant non impliqué avec les espoirs et un poste de directeur sportif obligatoires. Comment avez-vous ou allez-vous gérer ça avec votre prèze ?

Une vraie complicité existe entre le Président et moi. Notre collaboration en est le plus bel exemple. Je l’ai dit et répété : même si ces changements s’inscrivent dans un an, j’allais demander au « prési » de revoir la structure. On ne peut plus continuer comme ça. Quand on vit une saison aussi difficile que celle qui vient de se terminer, on n’a pas le temps de se consacrer à autre chose, d’anticiper et notamment à la recherche de joueurs potentiels pour la saison à venir ou en cas de blessure. C’est très, très frustrant. On n’a pas de scout, pas de manager, pas de kiné à temps plein, on doit vite remédier à ça.

Le « prési » a d’ores et déjà acté la venue dès cette année du fameux deuxième assistant. Il sera notamment chargé des montages vidéo, ce qui libèrera davantage Jacky (Périgois), très impliqué à mes côtés lors des séances, et s’occupera également du scouting. C’est vital pour nous car nous sommes et nous resterons forcément dans les plus petits budgets. Or, on l’a bien vu cette saison, les trois derniers étaient les plus petits budgets.

Quand tu parles de « vraie réflexion », songes-tu vraiment à prendre du recul et à basculer sur le poste de manager ?

Je me pose effectivement et logiquement beaucoup de questions, c’est normal après une telle année. On l’a vu cette saison : nos leviers sont limités dans la gestion de groupe, l’aspect le plus difficile de notre métier. Le basket, le terrain, ce n’est pas un problème. Et ce sera la même chose la saison prochaine, car que ce soit Roanne, Nancy ou Orléans, ce seront des clubs avec des budgets supérieurs au nôtre. Il faudra donc attaquer la saison avec l’objectif de ne pas descendre. C’est réducteur, très réaliste mais pas dans mon ADN de compétiteur. Beaucoup de gens ne comprennent pas ou ne comprennent plus ça depuis la montée.

On te sent très amer par rapport à cela…

Il faut me comprendre, nous comprendre. Quand j’entends désormais certains faire la fine bouche en disant qu’on ne ferait pas les play-off, que cela serait une mauvaise saison, ça me met hors de moi. Qu’ils regardent : Strasbourg, avec 9 millions de budget, a dû attendre la dernière journée pour se qualifier, Bourg n’a toujours pas fait les PO depuis sa montée, Chalon Sur Saône, Cholet club le 2ème plus ancien de Jeep Elite… C’est parlant ça, non ? Regarde en foot, Guingamp, 35 millions de budget, un club super bien structuré, eh bien, il descend.

Nous, nous sommes compétiteurs, on a cette envie, mais Le Portel en Jeep Elite, ça ne peut se résumer qu’à la volonté décuplée du staff technique de faire le job. Si on est restés en Jeep Elite, c’est parce qu’on a réussi à entraîner tout le monde dans notre sillage dans la dernière ligne droite (malgré les faiblesses de l’équipe que j’assume pour certaines). Là, pour le coup, on a senti que toutes les entités tiraient dans le même sens : staffs, dirigeants, public. Une vraie symbiose. Soyons tous ensemble 9 mois sur 9 de la saison, conscients de qui nous sommes et on pourra, parfois, faire quelques coups en CDF, (Leader Cup que je n’ai jamais gagné et où j’adorerai emmener nos supporters) ou retourner en PO…

Le challenge te fait-il peur ?

Non le challenge ne m’effraie pas, mais il faut vraiment qu’il y ait une adhésion de toutes les parties. Si l’équipe n’est pas en totale symbiose avec toutes ses composantes, à terme, elle sera condamnée à descendre. C’est inéluctable. Il fait en prendre conscience.

Serais-tu prêt à laisser ta place ?

Je n’en suis pas là et d’ailleurs « ma place » ne m’est pas réservée, je connais notre milieu ! De plus, j’ai toujours dit que si je ne pensais plus pouvoir apporter à l’ESSM ce que je fais depuis plus de 6 ans, il n’y aurait pas besoin qu’on me le dise ! Ce n’est pas le cas, j’ai toujours une grande motivation pour notre club, plein d’idées mais cela passe par un minimum de réorganisation comme va l’imposer la LNB d’ailleurs, et avec le Prési nous sommes là aussi sur les mêmes constats et souhaits .

Bon parlons avenir. C’est quasiment la feuille blanche ?

Seuls, pour l’heure, sont Portelois, Ben (Mangin) et Pierre-Etienne (Drouault). Jean-Victor (Traoré), on voulait vraiment le garder, d’autant que l’homme est fabuleux donc nous lui avons fait une proposition de 2 ans mais il a un projet avec Lille de joueur puis reconversion à la clé, on comprend. Attention, dans ce dossier, nous sommes décideurs. Il est sous contrat. Il faudra donc qu’il y ait transaction. Nous ne sommes pas dans le monde des bisounours.

Pour le reste, le seul avec lequel on discute, c’est O.D. (Anosike). Le problème, c’est que grâce aux progrès réalisés, il est devenu très gourmand. En plus, il a changé d’agent et on doit donc payer deux comm’. Sa stratégie, c’est d’attendre pour trouver le meilleur contrat. On cherche donc en parallèle de notre côté aussi.

Hilliard, voir Purcell nous ont tous trahis. Pas question de les reprendre. Harris, c’est un super mec, mais qui n’a plus l’impact de ses meilleures années et il va prendre sa retraite. Même chose pour Curry, qui a bien fini, mais qui manque tout de même de caractère pour être le digne pendant d’un Benoît qui a encore fait une très belle saison. Quant à Williams, il a aussi fait des progrès, mais question travaill et QI basket, cela ne correspond pas à la philosophie maison ! Donc, pas gardé. Quant à Samir (Gbetkom), il sera prêté en Pro B pour s’aguerrir. On aurait aimé le faire jouer davantage, mais le contexte très spécial a fait que…

Et Crockett ?

On n’a pas d’assurances sur une possible intégrité physique, donc on ne prendra pas le risque. Il n’a même pas recommencé à courir.

Hassell peut-il revenir ?

Non même si on aimerait bien mais il a perdu la raison. Il veut 400.000 dollars lol !!!

Et les fameux top de Pro B ?

Notre stratégie a fait beaucoup d’émules et les agents ont vite pigé la chose. Ils veulent pour la plupart immédiatement des salaires de Jeep Elite !

Philippe Cadart

Partenaires