Comment Eric Girard et son staff font leur petite cuisine pour le recrutement…

De lui dépend en grande partie l’histoire de la saison. Quand vous ne pouvez bourse facilement délier, c’est un vrai casse-tête. Il, c’est bien sûr ce fameux recrutement. A l’ESSM, c’est Eric Girard qui le pilote, avec la complicité rapprochée de Jacky Périgois et Bertrand Van Butsèle. Tous les trois chassent, épient, écoutent, visionnent. En dernier ressort, c’est coach Eric qui tranche après avoir discuté et rediscuté avec ses adjoints.

Eric, comment s’enclenche le recrutement ?

Cette année, c’est forcément un peu plus compliqué. Pour deux raisons : 1. On ne savait pas à quel niveau on allait continuer ; 2. On n’a pas eu le temps, vu le scénario des derniers mois, d’anticiper comme on a pu le faire lors des deux saisons précédentes.
La première chose, c’est l’enveloppe. Je vais donc voir le président pour savoir ce dont je dispose. Cette année, bonne nouvelle, nous aurons un peu plus en termes de masse salariale. Il y a du boulot car nous ne gardons que deux joueurs sous contrat, Ben (Benoît Mangin) et Pierre-Etienne (Drouault).

Comment définis-tu les postes à pourvoir ?

On fait le bilan des lacunes criantes de notre saison écoulée. Ce n’est pas très compliqué : défense faible, manque de joueur au leadership affirmé, absence de stoppeur, un mec dur qui puisse prendre en charge le danger majeur adverse.

Pourquoi Le Portel n’arrive-t-il pas à faire venir de jeunes éléments prometteurs de l’INSEP ?

Le marché a beaucoup évolué. Leur cote a sensiblement augmenté. Le Portel ne peut pas se permettre de mettre un billet de 10.000 euros en prenant un pari. Quand on est en concurrence, généralement, l’espoir choisit une grosse équipe. On était sur le jeune Bouquet, un jeune prometteur d’Evreux, arrière de grande taille et esprit collectif rare. Eh bien il est parti à Nanterre. Après, quand le jeune perce, quand tu t’appelles Le Portel, tu le perds très vite.
Une jeune JFL (joueur formé localement) au gros potentiel qui joue en Jeep Elite ça va chercher 250.000€. Faut-il faire un dessin ?

Comment fais-tu avec la multiplication des agents ?

Quand j’ai commencé ma carrière, il y avait en gros trois-quatre agents, dont Didier Rose, Craig Spitzer et Nicolas Paul. Maintenant, ils ne sont pas loin d’une centaine. Ca tombe de partout. Tu peux recevoir plusieurs centaines de CV par jour dont de nombreux Américains qui n’ont jamais joué en Europe. Forcément, dans le lot, tu as très peu de JFL. A prix égal, on te propose à peu près cinq Français pour deux cents étrangers. Bon, ça fait maintenant plus de vingt ans que je suis dans le métier, je sais à quel agent je peux me fier.

Les rookies (débutants), ce n’est visiblement pas ta tasse de thé…

Non, c’est vrai. Je ne dis pas que ça ne peut pas marcher, mais quand je regarde le nombre de ceux qui s’installent, c’est dérisoire. Il leur faut s’adapter à un changement total de société, de langue, de mode de vie. Tu imagines, un jeune Californien qui débarque au Portel. Tout lui manque. Il est donc opérationnel sur le tard. Donc, Je ne prends pas le risque.

Tu préfères donc qu’ils aient déjà joué en Europe…

Oui, voilà. Pas forcément la France, mais l’Europe. On essaie aussi de regarder ce qui se fait de bien en Belgique, Hollande ou les pays nordiques. Ce sont des pays où notre proposition peut tenir la route. A part Charleroi et Ostende en Belgique.

As-tu une méthodologie définie ou est-ce le marché qui dicte ?

Là encore, nous, c’est Le Portel. Tu ne peux pas dire que tu vas finaliser l’axe 1-5 (meneur-pivot) dès le départ. Tu fais les coups que tu peux si ça se présente, sinon, tu guettes l’évolution du marché. On regarde la valeur du joueur et bien sûr sa mentalité. Quand on s’est mis d’accord sur un profil avec Jacky et Bertrand, on se renseigne chacun de notre côté. Il faut qu’on soit d’accord tous les trois pour commencer les démarches. J’appelle alors l’agent, je négocie et si c’est dans nos cordes, j’appelle le président pour lui présenter le profil et lui donner le coût. Pour les Américains, c’est compliqué, car le joueur doit également avoir son agent US. La com’ se répartit entre les deux. C’est 10% au total, mais sur certains coups, certains agents n’hésitent pas à baisser le tarif de leur joueur pour avoir 20% pour eux. En plus, avec l’Amérique, tu dois bosser en décalé à cause du décalage horaire. Généralement, tu appelles vers minuit pour avoir l’agent américain.

Comment finalises-tu un contrat ?

Quand on est d’accord sur tous les aspects, on rédige le contrat : soit l’agent soit Guy Declercq. Le président ou moi le vérifions. On le renvoie aux deux agents qui doivent le faire signer par le joueur. C’est pour cela que notre service Comm’ n’annonce jamais une signature avant que le document soit signé de toutes les parties parce que parfois, l’agent peut nous jouer un tour ou le joueur ne veut plus venir. Il nous faut rester très discret car si ça filtre, on peut perdre une bonne affaire. En dernier ressort, c’est toujours le Prési (Yann Rivoal), qui a été mis au courant de toutes les négociations au fil du dossier, qui valide le bon à tirer. Logique.

Pourquoi avoir choisi de dégainer vite sur Antonio Ballard ?

C’est ce que je disais précédemment. On se doit d’être réactifs selon le joueur qui se présente et notre enveloppe. Antonio est un vrai pro avec un état d’esprit irréprochable. Il est dans l’esprit de Jakim (Donaldson). Il défend, se bagarre et il a toujours la banane. Il est dans l’esprit de ce que l’on veut retrouver et qui nous a tellement manqué cette année.

Philippe Cadart

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