Jauge, budget, COVID, climat anxiogène, supporters, partenaires : le président Yann Rivoal joue la transparence

Que vous soyez joueurs, supporters, président de club, coachs, ou toute autre composante du monde sportif, personne n’a jamais vécu un début de championnat aussi incertain, compliqué, anxiogène. Il nous semblait donc opportun de faire le point avec Yann Rivoal, le président de l’ESSM, club phare de l’agglomération qui doit faire face à une entame totalement chamboulée par la pandémie.

Président, les deux premiers matchs ont été remis. Mais qu’en était-il de la jauge accordée pour recevoir Chalons-Reims et Orléans ?

Lors de notre tournoi Ibis Cup, nous avions eu l’autorisation pour une jauge de 2000 personnes. Mais comme tout le monde le sait, le climat s’est brutalement tendu et je m’attendais à des difficultés. J’avais donc misé sur une demande à 2500 personnes, ce qui nous permettait de caser nos abonnés, mais nous privait tout de même des recettes guichets de quelque 1000 places. Le retour a eu l’effet d’une douche glaciale : pour la Préfecture, c’était 100 places et rien d’autre. J’ai dit non pour les 100.  Et la Préfecture a donc imposé le huis-clos pour Reims et Orléans. Parallèlement, Bourg a eu droit de jouer son premier match hier soir avec une jauge de 3200 pour 3600 habituellement. Je veux bien que l’Ain soit en zone blanche, mais il n’y qu’un seul degré d’écart (zone d’alerte orange pour le Pas-de-Calais) et nous c’est 100 personnes. Qu’y comprendre ?

As-tu alerté la Ligue ?

Oui bien sûr. Ils nous disent de nous battre. Mais que voulez-vous faire quand une Préfecture vous dit c’est 100 ou rien ? Nous sommes obligés d’obéir. On a cherché des solutions pour avancer et la LNB a même proposé que l’on joue tous nos matchs à l’extérieur jusqu’à temps que la situation redevienne normale. On n’a pas voulu parce qu’en cas d’arrêt, si on est derniers, il n’y aura pas de deuxième saison blanche. Les règles ont déjà été édictées.  

Beaucoup de gens se demandent pourquoi Le Portel est-il aussi touché ?

Je me le demande aussi. Dans l’affaire, tout est question d’éthique, de respect de l’adversaire. Quand nous avons eu nos premiers cas, nous les avons mis en quatorzaine, puisqu’à cette époque, c’était la quatorzaine. Lundi dernier, nous avons refait des tests PCR pour le match de Reims. On a su mardi midi qu’il y avait un cas positif, ce qui fait toute l’équipe et le staff, considérés de facto comme cas contacts, devait être soumis à une septaine. Nous aurions très bien pu ne rien dire, mais c’eut été mettre en danger l’intégrité physique de Chartres. Nous avons donc prévenu la FFBB et le match a été reporté. Reste que l’on ne pouvait pas démarrer le championnat avec des joueurs restés au repos aussi longtemps. Il faut savoir que les joueurs diagnostiqués positifs sont inquiets. La réaction de l’un n’est pas du tout la réaction de l’autre. Certains sont totalement asymptomatiques, ne ressentent rien, d’autres ont plus de mal à encaisser. C’est pourquoi nous avons équipé les gars de ceinture. Il faut savoir aussi qu’un joueur jugé non contagieux selon les règles sanitaires après avoir respecté l’isolement, n’a pas le droit de jouer s’il est re-testé positif, ce qui arrive car des traces peuvent rester dans la cavité nasale ou dans la gorge. C’est un vrai casse-tête. Une chose est sûre, Le Portel a totalement respecté les procédures. C’est pour cela que la commission indépendante de la LNB a bien compris nos arguments et a recommandé de reporter nos deux premiers matchs. C’est déjà assez compliqué de jouer le jeu, si en plus on nous envoie au casse-pipe…

Il faudra tout de même attaquer les hostilités à Limoges ?

Si tel est le cas, ce sera avec une équipe forcément très amoindrie sur le plan de la préparation. On verra bien. De toute manière, il faudra refaire les tests PCR lundi. Ce sera le juge de paix : deux joueurs positifs ou trois de la délégation complète (joueurs, staff, accompagnants) et c’est le forfait.

Les supporters se posent mille questions…

Je les comprends parfaitement. Le climat est hyper anxiogène et à chaque fois qu’on allume la TV, c’est de plus en plus noir. Ce que je peux leur dire, c’est que nous tiendrons nos engagements et que nous rembourserons les abonnements au prorata des matchs joués si le championnat venait une deuxième fois à être arrêté.

Ça ne doit pas être simple de faire rentrer de l’argent en ce moment…

Nos partenaires ont vécu des moments très compliqués avec le confinement et certains le paient actuellement. Que voulez-vous que je dise à un fidèle partenaire quand il m’annonce qu’il ne peut pas signer son partenariat cette saison parce qu’il va mal, ou très mal  ? Certains sont vraiment dans le dur. Nous sommes obligés de revoir nos prévisions, de nous serrer la ceinture. Nous avons fait un prêt garanti par l’Etat pour préparer ces moments que nous envisagions très difficiles. C’est vraiment une période très, très compliquée, mais nous sommes le club phare de l’agglo et nous ferons tout pour le rester. J’espère que les institutionnels resteront à fond derrière nous.

Entretien : Philippe Cadart

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